N. f., d'origine latine, [prostitutio] : l'impudicité, la débauche.
Elle relèverait au départ de l'exhibition, du fait d'exposer en public des actes sexuels (du baiser à la copulation) mais aussi le corps dénudé (tout ou partie) contre de l'argent. La définition la plus neutre de cette activité serait : "négociation d'un temps de service sexuel mettant en accord deux personnes, l'une prêtant une parcelle de son corps (femme, homme (tapin) ou transgenre), l'autre l'utilisant, à des fins masturbatoires et éjaculatoires". Le terme argotique de "pute", arrivé quasiment inchangé de la fin du XIe siècle, désigne d'abord quelqu'un de « mauvais », de "vil" (qui rôde aux abords des cités). Il vient du latin putidus, "puant". On trouve le mot « punk » en anglais dans le même contexte.
La loi de sécurité intérieure française de mars 2003, modifie le visage de la prostitution. Dans la rue, « les putes » deviennent passibles de deux mois de prison et 2 750 € d'amende. Le ou la proxénète (litt. « l'entremetteur ») sont toujours punissables par la loi mais aussi le/la client(e) dans certains cas. Les services sexuels vendus par les prostitués ne relèvent en rien d'un interdit juridique (la plupart des demandes des clients sont autorisées par la loi française).
D'un pays européen à l'autre, le régime juridique change du tout au tout. La Suède est la plus sévère côté client, l'Allemagne et le Bénélux les plus tolérants pour les putes et les client(e)s sauf pour les souteneurs. Les services publics s'assurent que la capote est utilisée et offre visite médicale, sécurité sociale et soins éventuels. A côté de cette prostitution "organisée" demeure une prostitution clandestine en certains lieux de rencontres. D'autre part, les tapins et transgenres n'exercent pas selon le même régime que les femmes prostituées. Ces dernières semblent être les seules à exercer sous la contrainte des souteneurs, non sans violence. L'État, faussement tolérant ou répressif, ferme les yeux à partir du moment où en terme de fiscalité un arrangement est trouvé.
Internet, où la prostitution est interdite (le racolage, la prise de rendez-vous et le paiement), selon un code déontologique implicite ou un règlement propre à chaque site, est le nouveau lieu (virtuel) d'une forme de prostitution : des corps nus et en action, sont, comme en cage, offerts à la vue de tous moyennant paiement électronique. "C'est un métier comme un autre" entend-on ici ou là. Ce régime salarial est-il encore une forme de prostitution ? Ainsi, appellera-t-on les prostitué(e)s des "travailleuses et travailleurs du sexe" (sex workers), expression qui incluent les actrices et acteurs porno, les réalisateurs, mais aussi les personnes faisant du "sex phone" ou déposant une annonce pour offrir des services (massages, escort, etc.). On peut dire en conclusion que la prostitution classique, pour aller vite, "de rue", est en train de disparaître au profit d'un déplacement du théâtre des opérations, une virtualisation du contact "prostitué(e)s/client(e)s".
Pourtant, depuis peu, de nouveaux lieux de rencontres se créent un peu partout, à l'instar de ce building à Cologne où 250 personnes offrent toute une palette de services sexuels. Un véritable "temple du sexe", si jamais, serait un lieu où toutes les formes de sexualités seraient accessibles, ouvertes à toutes et tous, et gratuites. Le film
Short Bus (J.M. Cameron, 2005), en cela, reste une utopie.
Voir aussi : acte sexuel, capote, lieux de rencontres, massage, transgenre, violence