Odeur
Au moment de la puberté, on commence à sentir la transpiration. Le sexologue Philippe Brenot le rappelle : « Pendant des siècles on a pudiquement parlé d'odor sui generis et d'odor di femina, une façon de masquer, dans un latin hypocrite, la réalité sexuelle la plus prégnante. Car il ne faut pas oublier que si chacun possède un nez, chacun possède aussi une odeur corporelle distincte. En réalité, il s'agit d'un grand nombre d'odeurs différentes dont la combinaison constitue un signal d'identité olfactive, l'odeur propre. C'est l'odeur générale de la peau, parfum faible, agréable, que l'on constate même immédiatement après la toilette. Elle se mêle à l'odeur des cheveux, des aisselles et du périnée, elle est le fait des sécrétions masculines et féminines » (2005).
Depuis quelques années, les odeurs propres, naturelles, du corps ne sont plus acceptées comme telles. Quand on dit « naturelles », on devrait préciser des odeurs sans adjonction de parfums artificiels, d'essence, d'huiles. De même le sens de l'odorat (et le goût) semble négliger dans l'acte sexuel : la vue et le toucher y sont souvent revendiqués.
Les modalités de l'hygiène moderne recommandent l'utilisation pour l'hygiène intime, tout ce qui touche aux organes génitaux donc, le seul savon ou des crèmes hypoallergiques. Déposer du parfum alcoolisé sur son gland, les petites lèvres de sa vulve, sur l'anus, sur la peau de ses couilles peut provoquer de sérieuses brûlures.
Les yeux et les orifices sexuels au sens large sont donc des terrains réservés au neutre. En revanche, les zones pileuses comme le pubis, les aisselles, les deux fesses, etc. se font vaporiser allégrement.
Autrefois on réservait à quelques parties du corps des parfums qui renforçaient le potentiel sexuel des odeurs propres (musc, castorum, encens). Or, que se passe-t-il lors de certains rapports sexuels ? Ne recherchons-nous pas l'odeur du sexe ici et là ? L'odeur la plus intime, la plus vraie ? Celle qui rappellerait l'odeur de l'oreiller que nous sucions enfant ? Le doudou ? Le sein ? Le sexe de la mère ?
Et oui, les chercheurs ont étudié l'origine des odeurs et des fantasmes attachés à celles-ci. Outre une fonction stimulant l'appétit sexuel, la sueur semble aussi permettre un marquage de territoire, comme une carte d'identité olfactive. Combien de fois en l'absence de l'autre, n'avons-nous pas parcouru d'un nez avide son oreiller, ses sous-vêtements, ses habits ?
L'odeur de l'amour, du sexe, du cul, et de soi, un subtil mélange qui valorise les sens et stimule le plaisir sexuel, l'odeur serait donc le meilleur excitant. Or le nez humain ça s'éduque, comme le palais. Il est à craindre que si tous les corps sentent un cocktail Armani-Calvin Klein-baskets, comme au sortir d'un after, nos nez n'en deviennent stériles, aseptisés, incultes, car saturés de ces « mauvaises » odeurs.
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