N. f . du latin [obscenus], de « mauvais augure ».
Dans les dictionnaires (très moralisateurs), obscénité renvoie presque immanquablement à « propos dégoûtant, grivois, grossier, immonde, immoral, impudique, impur, inconvenant, indécent, licencieux ». Dès lors, comment juger si un discours, un mot est obscène ? Géographiquement comme historiquement, les critères varient, sans parler des décisions ponctuelles relatives à l'interprétation (parfois tendancieuse) et à l'application des jugements relatifs à la censure de tel ou tel propos ou pratique déclarée obscène à telle ou telle époque.
En France, il semblerait qu'il faille voir, dans cette insistance à définir l'obscénité de façon négative, bien plus qu'une simple impuissance, mais la trace de l'affirmation d'un refus de définir, d'un « ne pas se risquer à vouloir définir. »
À l'inverse, aux Etats-Unis, au niveau fédéral, a été publié une liste de sept mots interdits d'utilisation en public :
shit, piss, fuck, cunt, cocksucker, motherfucker, tits. Dans les années 1960 et 1970, les comiques Lenny Bruce et George Carlin furent arrêtés et interdits d'antenne à cause de l'usage de ces mots.
On imagine mal ce genre de censure dans le contexte actuel où les radios, entre autres, permettent de parler librement de sexe, et selon un registre parfois des plus relâchés. Dans leur souci de précision, les juges américains se sont pris les pieds dans le tapis, au contraire des juges français, refusant de nommer les mots (donc de les interdire en leur donnant une vie juridique), ils les ont posés devant la Cour suprême !
À partir des années 1978-80, tous les pays occidentaux connaissent une libéralisation des contenus de paroles. Cependant, de même que l'acte sexuel est régulé dans sa représentation, l'acte de parole (un discours) peut aussi tomber sous le coup de la loi s'il représente une intention agressive, une insulte, une atteinte, une forme de violence.
Si l'on se situe maintenant du côté de la sphère privée, rien ne peut interdire à quelqu'un de dire des obscénités sinon sa propre tempérance, ou la personne qui partage cet espace. Lors d'un rapport sexuel, il n'est pas rare d'entendre des « gros mots » : ceux-ci ponctuent et rythment le jeu sexuel et, jeu elle-même, cette lexicologie ordurière fait office d'excitant plus que de stimulant.
Joue-t-on par là à se faire peur ? Est-ce notre vraie nature qui parle ainsi ou un personnage ? Pendant un acte sexuel, sommes-nous fidèles à nous-même quand on est silencieux ou quand on dit des mots « sales » ? Est-ce le porno qui nous influence ? Le cinéma en général ? D'autres représentations ? Certaines personnes témoignent de leur embarras, d'autres reconnaissent que ces mots donnent du piment à leurs ébats. Une chose est sûre, dans la nuit nul n'est censé vous entendre crier.
Voir aussi : acte sexuel, excitant, gaudriole, injure, jeu sexuel, morale, paillardise, porno, pudeur, violence