N. f. d'origine latine : [manus], la main et [strupatio], action de souiller. C'est en général une stimulation de ses propres organes (sexuels ou non) en vue d'obtenir du plaisir. Elle existe pour toutes les formes de sexualités, féminines, masculines, transgenres. Il existe un nombre important de termes et d'expressions pour désigner cette pratique, le mot actuellement le plus employé étant : branlette. La masturbation a éventuellement recours à des objets divers (jouet sexuel ou autres) et peut, le cas échéant, s'exercer à plusieurs, soit de façon croisée, soit de façon individuelle mais en collectivité. On vit aujourd'hui une ère de déculpabilisation de la masturbation qui était autrefois considérée comme un crime, puis une maladie, et est encore vue comme un outrage vécu comme une honte. La masturbation est souvent confondue avec l'onanisme (technique de contraception ancestrale), et avec « la pollution nocturne », expression prude signifiant que le garçon émet du sperme durant son sommeil. Certaines religions développent une morale réprimant la masturbation, mais la morale républicaine et laïque a longtemps fait de même. Cet « autoérotisme » renvoie peut-être au narcissisme, à l'égoïsme, à l'exploration des possibles de son corps (étape importante, du stade pré-adolescent au jeune adulte, en général), à une évacuation d'un trop plein d'énergie sexuelle, à une façon comme une autre de se calmer, de s'endormir, de passer le temps. On retrouve cette notion dans l'interrogation très courante : « Mais qu'est-ce que tu branles ? ». La question la plus obsédante chez les jeunes personnes reste encore : « Combien de fois tu le fais ? ». Là encore, pas de réponse statistique sérieuse, comme tout discours cherchant à faire parler l'intimité. Suivant le sexe et l'éducation de la personne, la culture par rapport à laquelle elle se définit, la réponse d'un garçon voulant prouver sa virilité, sera « six fois par jour », quand, un autre, soucieux également de s'affirmer tout aussi virile « moi jamais, t'es fou, je me réserve pour les femmes ». Les filles développent également des discours qui ne renvoient pas nécessairement à la féminité ou au démonstratif. Face à ces hypocrisies sans conséquence, on voit que l'on confond souvent caresses, éjaculation, plaisir sexuel, instinct et morale. La masturbation est aussi l'endroit de mythes et de superstitions persistants : elle rendrait sourd, elle viderait le cerveau de sa matière grise, elle tuerait des anges (Italie), elle détruirait des étoiles (ou le contraire). Poésie, humour, certes, mais aussi possibilité de rendre une personne complexée face à cette envie parfois irrépressible. Parmi d'autres croyances, il faut citer des coutumes comme l'excision, qui touche 150 millions de femmes à travers le monde, y compris aux Etats-Unis et en Europe, ou bien la circoncision qui se trouvent légitimées et justifiées dans leur fonction préventive à l'égard de la masturbation et de ses conséquences. La masturbation est liée à l'imaginaire car il s'agit de convoquer, de se créer intérieurement les fantasmes les plus excitants possible. La jouissance n'est jamais qu'un appel à une image plus forte pour remobiliser l'excitation, où le désir n'est jamais définitivement comblé et se nourrit de sa propre insatisfaction. La masturbation mentale (la « branlette intellectuelle ») ici prend tout son sens. Peut-être doit-on voir également dans la masturbation, la pratique sexuelle la plus en adéquation avec l'idée que l'on se fait de l'époque contemporaine. Par la satisfaction immédiate et le repli sur son seul intérêt/plaisir (si l'on excepte, bien sûr, les pratiques de masturbations croisées), la masturbation fait étonnamment écho aux exigences « consuméristes » de notre société, où le porno (films, Internet, journaux, lieux...), se développe précisément autour de la masturbation. Autre question : les mises en scène de la nudité et de la copulation servant de base à la masturbation orientent-elles le désir de celui ou celle qui regarde ?
Voir aussi : >caresses, >godemiché, > Internet, > sperme