Le verbe « jouir » signifiait en latin tardif « tirer du plaisir à son profit ».
Son évolution moderne renvoie à l'expérience de l'orgasme, ce qui est déjà pas mal mais il n'y a pas que ça. Jouir ne peut être réduit à éjaculer ou crier. Jouir n'est pas simuler, c'est un transport sensoriel qui nous fait passer d'un état à un autre. L'individu jouit seul ou parfois grâce à une autre personne, en même temps qu'elle ou pas, mais toujours avec le sentiment d'être seul à connaître « ça ». Le sport, la compétition, la danse, les activités dites de création peuvent conduire à la jouissance. C'est à la fois égoïste et incommunicable (d'où parfois le cri, l'absence de mot, l'oubli de soi, etc.).
Cette expérience, très « romantique » au fond, est proche des états psychotropes, elle possède des atours mystiques (secret, non-dit, brûlant, dévorant et pour cause : les mots manquent pour la dire). Le cerveau, au moment de la jouissance, est totalement sous l'emprise d'un cocktail de substances endorphines : il occulte certaines fonctions comme pour mieux abandonner sa maîtrise du corps. On devient accro à la jouissance (addiction), on peut tenter de s'en éloigner, de la répéter. Car jouir ce n'est pas combler un manque (avant de connaître cette expérience, me manquait-elle ?), c'est consumer un excès : avant de jouir, le corps est excité, il accumule des tensions nourries par l'imaginaire, et les cinq sens.
On peut jouir spontanément : on parle de révélation, de malaise, mais c'est peut être un mécanisme de défense ou de survie face au stress, à l'angoisse qui précède un grand changement d'état.
Le mot « jouir » fait curieusement penser à deux autres mots, absents des définitions classiques : « joie » et « oui ». Les Anglo-saxons disent « to come », venir, arriver : où ça ? Pourtant c'est de bonheur, de plaisirs qu'il s'agit ici, et de les accepter pour ce qu'ils sont : un moment perdu, fugace, rapide. De même qu'il y a plusieurs manières d'arriver à la jouissance, chaque situation, chaque acte sexuel en soi peuvent donner lieu à une forme de jouissance. L'obsession de l'orgasme rend la jouissance pénible. Chacun son rythme, sa perception de la jouissance. Une simple caresse peut donner à jouir.
Voir aussi : éjaculation, orgasme, jouissance, domination masculine, féminités, jeux, positions