Nom féminin du latin [in-timus], « ce qui est très à l'intérieur ».
Il ne saurait y avoir de plus intimes que les pensées. Nul ne peut lire vos pensées à votre place. Le silence et le mensonge protègent votre vie intérieure mais qu'en est-il des signes extérieurs ? Le dévoilement du corps et de ce que les moralistes d'hier nommaient hypocritement « les parties intimes » ainsi que des relations sexuelles, sont régulés par la pudeur, dont la transgression se paie du délit d'obscénité (Code civil français). En clair, on ne peut pas se balader tout nu dans la rue ni y faire l'amour au yeux de tou(te)s.
D'autre part, si la loi sanctionne l'exhibitionnisme, elle protège aussi l'intimité sexuelle, la vie privée en général, du regard du voyeur, sauf celle de certains « people » qui monnaient leurs « petites secrets » avec les médias. Par contrat, tout individu peut jouer à se montrer nu ou sexuellement en acte : devant l'oeil d'une caméra par exemple. Le fait de recevoir de l'argent pour montrer ce qui relève du secret et qui, selon certains, peut être qualifié d'obscène, n'est pas de la prostitution, même si ça y ressemble. On est presque tenté d'être d'accord avec le philosophe Gaston Bachelard qui qualifiait l'intimité « de dangereuse car admettant en son sein la notion de perversion ».
Avoir besoin de se retrancher de la sphère publique, de se cacher quand on fait l'amour est à la fois un réflexe naturel (l'activité sexuelle expose l'humain aux dangers et aux affects extérieurs : pulsion d'envie, de dégoût...) et conditionné par la culture. Pourtant, on a besoin de faire des confidences, de se livrer. Tous nos petits secrets sexuels percent un jour dans le cadre de discours privés qui sont eux-mêmes exposés à d'autres, déformés parfois (mythomanie).
On assiste ainsi à la naissance de micro légendes sexuelles. Les médias exploitent de façon outrée cette fausse « confession de l'intime » où les gens théâtralisent leurs vécu sexuel pour le rendre intéressant (ou vendeur). L'excès d'intimité peut conduire à des formes de narcissisme, de misanthropie, d'égoïsme voire de violence sur soi et les autres (sectes, suicide), tandis que l'irruption de la webcam ou le développement de la visiophonie-caméra engendrent déjà des changements de comportements : les actes sexuels réservés à l'intime deviennent un possible spectacle permanent (les films faussement amateurs) comme si chacun voulait par là se démontrer qu'il est réel : « la preuve que je suis en train de baiser, les autres le voit ».
Le souci de reconnaissance, de démontrer qui on est vraiment, de s'affirmer identitairement, répond à un paradoxal besoin de sincérité et de vérité des gens. « Plus je serai nu, plus je serai libre » semble dire tous ces humains qui s'exposent. Du coup, celles et ceux qui souffrent en silence de et dans leur vie sexuelle, angoissés rien qu'à l'idée d'en parler, ne savent plus à quel saint se vouer.
Voir aussi : nu