Syntagme forgé à partir du préfixe grec [hétéro] « autre » et du radical latin [sexualis] « sexe », vers 1865 en Allemagne (France : 1891).
Par opposition à « homosexuel(le) », est dite hétérosexuelle une personne qui aime une personne du sexe opposé. Être hétéro, et le diminutif ne l'indique pas, ce n'est pas être autre mais « comme tout le monde » : la sexualité humaine est principalement représentée par des actes sexuels mettant en jeu la femme et l'homme. Pourquoi a-t-on besoin de se définir « hétérosexuel » » ou non, si la chose semble normale, voire évidente pour la majorité des humains ?
La sexualité ne suit pas une pente naturelle qui conduirait une fille vers un garçon et réciproquement. Un individu se sexualise en grandissant, ça veut dire qu'il se construit « homme » ou « femme » suivant des critères éducatifs, culturels, moraux, et bien entendu biologiques. L'orientation sexuelle dépend, surtout dans nos sociétés néolibérales, plus d'un rapport à soi quant aux autres (en gros, d'un parcours psychologique) que d'une nature innée qui prédisposerait chacun à baiser avec chacune et vice versa. Ce processus (enfance, adolescence et maturité) conduit à l'identification, c'est-à-dire à l'apprentissage de ses désirs.
Chaque parcours est unique. Certaines personnes ne se posent pas de questions quant à leurs désirs, d'autres si. L'individuation sexuelle hétéronormée a conduit, depuis 1850, un certain nombre de gens dans une impasse affective, voire au suicide. Le poids de la morale a engendré (encore aujourd'hui), des comportements sexuels basés sur le mensonge, la culpabilité, la solitude, le rejet de l'autre. L'hétérosexuel de base (en anglais « straight ») vit à présent une véritable crise identitaire : d'abord ce mot qui le désigne est étouffant ; on assiste à une libération effective des féminités et une avancée de la parité homme-femme ; les rapports sexuels sont détachés de la procréation et celle-ci peut advenir sans pénétration et sans paternité revendiquée ; les pratiques sexuelles ne se limitent pas à la sacro-sainte position du missionnaire mais se revendiquent plurielles ou parallèles ; la femme peut obtenir non seulement son droit au plaisir mais à la baise, et l'homme faire la grève du sexe.
Sans faire de sociologie de bazar, le terme « métrosexuel » forgé aux Etats-Unis en 2001, fait référence à ce glissement des valeurs dites hétérosexuelles vers un compromis symbolique entre masculinités et féminités, plus métissé et moins conflictuel, tout en affirmant les caractères identitaires non plus par rapport au sexe mais par rapport au genre.
Voir aussi : féminité, masculinité, homosexuel, virilité