Nom masculin. Mot inventé en 1611 [grec : kleito-ridis : « verrou »].
Evoqué par Hippocrate dès le Ve siècle avant notre ère, le clitoris est un organe censuré, qui a été redécouvert au XVIe siècle par deux anatomistes. Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour qu'on lui reconnaisse une autonomie, des fonctionnalités, et pour qu'il devienne, fantasmes et idéologies à l'appui, « le » vecteur de l'orgasme chez la femme. Identifié très tôt comme zone érogène, les Latins le surnommaient « amor veneris » (mont de Vénus). Le clitoris ressemble, physiologiquement parlant, à un « micro pénis », surmontant les petites lèvres (auxquelles souvent on le confond), avec un « capuchon », un « gland » rose, un « frein » et une « tige » prolongée par une partie enfoncée sous la peau dites « racine » et qui se divise en deux renflements qui encercle le vagin. Le tout peut atteindre 11 cm en moyenne et n'éjacule pas. Son ablation s'appelle « excision » (ou clitorectomie), pratique condamnée en France, assimilée à une torture, acte qui prend sa source dans la symbolique religieuse sexiste : en gros, une femme resterait une femme si elle perdait cet attribut jugé « masculin ». En effet, stimulé par frottement, pression, massage (la masturbation involontaire ou provoquée, les caresses, les attouchements permettent d'en explorer les potentialités), le clitoris réagit par tension, ou tumescence et provoque des spasmes.
Orgasme clitoridien et orgasme vaginal
A partir de là, quel que soit le point de vue, une femme connaît plusieurs types d'orgasmes, l'un orienté clitoridien (rapporté autrefois à la masturbation donc jugé régressif) l'autre d'essence vaginal (longtemps lié à la procréation donc jugé utile), parfois simultanément ou de façon complémentaire, sachant que des centaines d'autres facteurs entrent en jeu. Ainsi, le cunnilingus provoque chez certaines femmes des stimulations satisfaisantes (si jouir est le but), chez d'autres non. A savoir : au cours d'un relation sexuelle, il permet en gonflant de dilater les petites lèvres, canalisant des excrétions (la « mouille »), en facilitant la pénétration. Cependant, comme pour l'homme coincé entre l'injonction de bander et le relapse de l'éjaculation, le clitoris aussi peut être capricieux. Les « recettes » du plaisir féminin (comme disent les magazines) ne passent donc pas « mécaniquement » par là (cessera-t-on de le harceler ?) mais éventuellement par là. Il suffit de l'essayer.
L'essayer, est-ce l'adopter ?
Pendant une grande partie de leur vie, les femmes apprennent à « découvrir » leur clitoris avec ou sans l'aide d'un(e) partenaire ou de substituts, comme étant complémentaire à leur idée, même vague ou commanditée, du plaisir sexuel, la pornographie n'étant d'aucun secours : trop petit pour l'œil obscène de la caméra, dissimulé derrière d'énormes organes (peu objectifs), le clitoris mystifié, en creux, n'en finit pas d'appeler (ou pas) à l'aide dans nos représentations, nos mythes, au sein d'un corps sollicité comme tout corps humain. Inventé il y a 400 ans, le clitoris reste un territoire assez neuf (lire Le Monologue du Vagin d'Eve Ensler) sur le continent féminin que logiquement certaines idéologies investissent. Faut-il l'oublier, ce « clito », pour que la femme s'abandonne à la singularité de son plaisir que Tirésias, épigone transgenre, jugeait « neuf fois supérieur à celui de l'homme » ?
Voir aussi : bander, bite, caresses, cunnilingus, éjaculation, féminités, jeux, jouir, lèvres, masculinités, orgasme, pénétration, pénis, vagin, zone érogène