Syntagme aux connotations juridiques, philosophiques et morales (au lieu « d’acte érotique » ou « relation sexuelle »), qui appelle plusieurs constats. Si un acte renvoie à une activité humaine effective (ce qui a lieu : marcher, manger, respirer, baiser…), qu’est-ce qui fait qu’il soit sexuel ou pas ? Tenir la main d’une personne, lui toucher les cheveux, est-ce de l’ordre du sexuel ? Mais alors, penser à une personne ou à soi dans un but sexuel : est-ce déjà un acte ? Il est inutile de réviser son Kant (1724-1804) pour tenter de clarifier les choses. L’être humain a des activités de nature sexuelle, depuis l’enfance - d’abord inconscientes puis refoulées - jusqu’à la mort, son imaginaire et son corps progressivement s’érotisant.
Un acte sexuel n’implique pas obligatoirement la conception idéaliste d’un engagement à vie, pas plus qu’il n’interdit le mensonge et la manipulation, sans qu’il y ait là de connotation morale pesante. Un acte sexuel suppose souvent un scénario, des ruses mais il inclut une part de hasard : toute intention sexuelle n’est pas sous contrôle. Où nous disons « faire l’amour » selon une acception héritée du romantisme, les Anglo-saxons qualifient l’acte sexuel par l’expression « to have sex » [litt. : avoir du sexe]. Or, cette expression indique bien le rapport à la fois de possession mais aussi de négociation qui existe dans ce type d’activité.
Désir et plaisir
On partira du désir : l’autre suppose que je ne désire pas son individualité dans sa totalité mais bien une ou plusieurs partie(s) de son corps (son cul, sa bouche, son sexe…) que j’envisage alors en objet (envie, obsession). Une chose fondamentale est à retenir : l’inter-relation de nature sexuelle comprend l’acte de pénétrer dans le corps de l’autre que ce soit par un organe (doigt, langue, pénis...), par un discours (« I want to have sex now ! ») ou par un geste (enlever un vêtement). En gros, si tu veux rentrer en moi, faut qu’on en discute ! L’acte sexuel est souvent précédé d’états subjectifs qui peuvent pousser à l’action : émotions, sensations, intentions... Le but de tels actes ne serait donc pas uniquement concentré sur les parties dites génitales : celles-ci ne sont qu’un moyen d’arriver à une fin. Cette fin, est-ce uniquement le plaisir, le spasme, est-ce le jouir ?
Si les mots permettent d’exprimer le désir et le plaisir, pourquoi existe-t-il des individus qui l’ignorent, y résistent, le refusent, ou alors qui le recherchent plus que tout, qui en deviennent comme fous ? L’acte sexuel n’aurait de définition qu’en terme de rapports à soi. Ainsi la raison n’a-t-elle rien à faire ici. Une personne dira : je peux me satisfaire dans ma vie sexuelle de la masturbation auto-érotique, ou de la vue d’images, ou de gens qui marchent comme je ne peux me satisfaire qu’en ayant accompli un acte menant à la pénétration ou en étant amoureux (« pas d’acte sexuel sans amour », disent certains).
L’acte sexuel au regard de la loi
En France, le Code civil et pénal connaît des difficultés à cerner « l’acte sexuel ». Celui-ci se pose la question du pourquoi sanctionner ce qui semble procurer du plaisir, ou du moins motiver des rencontres, des découvertes, des échanges… On peut le comprendre (et refuser de l’accepter) : beaucoup voit dans l’acte sexuel une utilité, une fonction, un rôle, quand pour la plupart des gens - et ce depuis longtemps - le sexuel participe de l’instinct. Mon corps, des corps : attraction, répulsion, désir, fantasmes, envies, pulsions, perversions… Les coups de foudre - où vision, pensée et acte tendent à se confondre en un seul bloc - font qu’un individu semble dévier de la « norme » : en gros, tout le monde y penserait mais si tout le monde le faisait on ne ferait plus que ça. Ce qui reste à prouver !
Un acte sexuel même banal devient donc politique : au sens où les réprimer, les contenir, les libérer permettrait à une structure sociale de canaliser ou contenir les énergies humaines dans le but de les rentabiliser, d’éviter une forme de violence (qu’elle soit symbolique ou physique…) individuelle ou collective. Les interdits peuvent aussi pousser à l’acte sexuel par voie de transgression et de répression. Si une personne se plaint d’une agression sexuelle, l’autorité qui définit certaines normes du « vivre ensemble » intervient. Et si une personne se plaint de n’avoir aucun acte sexuel ? Et si le sexuel devenait obligatoire ? Il n’est pas interdit en théorie d’être solitaire, chaste, prudent, amoureux, fidèle ou généreux de son corps. Certains actes humains dits sexuels sont par contre de nos jours réprouvés et réprimés : la pédophilie, par exemple, ou le viol (qualifiés de crimes de nature sexuelle). On peut donc dire qu’il y a acte sexuel quand a conscience des enjeux. D’où l’importance du savoir, du langage, du contrat : à quoi ça sert, quelles en sont les conséquences, les limites ?… puisqu’un acte sexuel sert à (se) rendre compte. L’Autre veille, toujours, en soi ou autour de soi.
Voir aussi :
agression, baise,
bouche,
cul, fantasmes, instinct sexuel,
jouir,
masturbation,
pédophilie,
pénétration, perversion,
première fois,
viol